Dégustation de 3 Neisson : l’évolution à plus d’un titre

Le soleil s’est à peine levé qu’il fuse déjà sur le haut des mornes et des pitons alentours, miroitant sur les bassins d’écrevisses bleues du Carbet.

Après Fort-de France, la route qui serpente le long de la façade sous le vent est particulièrement attractive. Elle longe la diversité géographique de cette partie nord-ouest de l’île où l’emprise avec la mer est partout. Vers Bellefontaine, deux barques de pêcheurs lèvent ensemble leurs filets dans un enchevêtrement de couleurs et de mailles étonnant. Ils se gonflent de poisson comme ces vagues, non loin de là, vers les passes récifales qui grouillent de vie. Le tout se débat comme le rayonnement aux petites heures du matin : les taches orangées s’élargissent sur le rivage, laissant apparaître les varangues imposantes des villas du bord de plage. Les bardeaux muraux succèdent aux lambrequins ajourés pour filtrer une lumière qui va bientôt s’intensifier.

Dans le lointain, derrière la distillerie Neisson, les contreforts volcaniques commencent à jaunir et à se gorger de chaleur : elle descend, par effet de foehn, vers le versant ouest du volcan, se diffusant en contrebas dans les champs canniers qui s’étendent du Carbet à Saint Pierre. Ces sols de cendre et de ponces, sablo-argileux, conviennent aussi aux cannes bleues, cannelles et rouges qui se mêlent aux cannes zizak, malavoi et cristalline, des non-hybridées que la distillerie familiale cultive aussi. Ici les tombées de pluie sont rares et les amplitudes thermiques importantes, surtout au moment des récoltes. Mais ce matin il fait bon et juste après la magnifique colonne Savalle en cuivre se situe le laboratoire où officie Alex Bobi. Son rôle de maître de chais ne se limite pas au vieillissement, car chaque étape du processus d’élaboration du rhum à son incidence sur le produit final : ‘j’ai besoin d’avoir une vue d’ensemble du processus de production, de la découpe à la maturation, alors je sais exactement ce que je fais’. C’est une belle harmonie celle qui permet de présenter ensemble des trésors différents. De la dégustation sur fût du millésime 1994, qui sortira à l’occasion de l’anniversaire d’une grande maison génoise, à la nouvelle gamme Vieux, XO et Profil 105 sur laquelle nous allons nous attarder, les profils aromatiques sont complexes et diversifiés.

Pour la cuvée Profil 105 la distillerie s’est tournée vers la maison World Cooperage en vue de l’acquisition de fûts neufs. ‘De nombreux essais furent conduits avec des chênes de différentes provenances et des chauffes variées’, m’indique Alex Bobi. Ce sont finalement des fûts de 225 litres à grains fins, séchés durant 36 mois, ‘dont les douelles sont en parts égales constituées de chêne français et américain’ qui ont été sélectionnés. Le premier passage d’un rhum blanc, pendant 4 mois a permis d’arrondir les tanins des fûts neufs concernés. La mise en vieillissement a donc réellement débutée le 23 février 2015, en second fill et dans 15 fûts, jusqu’en octobre 2016. 6 d’entre eux ont été dirigés vers le compte élevé sous bois et dépotés dans un foudre de 2000 litres afin de les commercialiser, brut de fût, sous dénomination donc du profil de chauffe utilisé.

Neisson Vieux – 45%

Nez : d’une grande finesse, sur l’amande fraîche et la noix que prolongent les notes de cranberries. On se retrouve dans un deuxième temps, l’été, sous la fraîcheur d’une tonnelle : gelée de pêche, cacao fin.

Bouche : charnue et tapissante, sur le miel de châtaignier et la papaye au sirop. Puis, la cerise à l’eau de vie s’épice de cardamome et de poivre blanc.

Finale : structurée, sur l’acajou, le kirch, et les boiseries vernissées.

Neisson XO – 48.5%

Nez : timide, il est loin d’être le point fort de ce rhum en continuelle évolution. Il demeure imperturbablement figé : sur le fruit confit, le chocolat et l’acajou. Point … le tout … reste à venir.

Bouche : le premier grand mouvement s’ouvre sur la gelée de coing et la boîte à cigare. Suivent les tanins fins d’un chêne nuancé, le poivre long et le bonbon batna. Un deuxième mouvement, tout le temps changeant, est presque insaisissable : pastèque confite, abricot le tout recouvert d’un chocolat finement réglissé.

Finale : confirme la bouche : cacao torréfié, gingembre, abricot séché ou fleur de pommier… selon le degré d’aération.

Neisson Profil 105 – 54.2%

Nez : complexe, les notes légères d’agrumes s’enrubannent de girofle, d’amande grillée, de café au lait et de bois léger

Bouche : évolutive, tellement le profil aromatique varie en fonction de l’aération : cassis, sureau, orangette, pain d’épice, vinaigre balsamique, liqueur de mûre et perle de myrtille, en deuxième mouvement.

Finale : intense sur le litchi confit, le chocolat au lait, le bois blond et la fleur d’oranger.

 

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