Dégustation d’un Uitvlugt TCRL : les fleuves de l’intranquilité

En descendant Prins Willem-Alexanderweg, cette rue étroite de La Haye, on ne pense ni au Guyana, ni au fleuve Essequibo. Mais derrière la façade austère des archives nationales néerlandaises, il existe bien à l’inventaire une carte de 1759

Sur cette carte certaines notes manuscrites postérieures à son établissement ont été reportées, dont une mentionnait Johan Frederik Boode comme propriétaire de la plantation Groote en Klyne Uitvlugt, qu’ici l’on prononce « owt-flucht ». Une propriété située en Guyane britannique, entre les fleuves Essequibo et Demerara qui datait au moins d’avant 1776 : son histoire, comme celle de tous les domaines sucriers de la région sera aussi méandreuse que les fleuves qui l’entourent. Les confins équatoriaux qu’ils constituaient pour les couronnes néerlandaise puis britannique, subirent de plein fouet les soubresauts économiques et les guerres qui sévissaient en Europe. Puis ici la nature ne veut pas la durée.

Mais plus l’adversité avertit, plus il faut y amener du sens et, y songeant sans doute, Bookers mis en place son projet de modernisation d’Uitvlugt qu’il initia en 1960. Intégrant les alambics des distilleries Albion, Blairmont, Port Mourant et Skeldon jusqu’en 1969 et Enmore en 1994 la distillerie tripla son volume de production … avant de fermer définitivement en décembre 1999. Entre temps, Guyana Distilleries et sa filiale Demerara Distilleries (Enmore) avaient, en effet, fusionné avec Guyana Liquors Corp. et sa filiale Diamond Liquors (1983) pour devenir Demerara Distillers Ltd (DDL). L’alambic Savalle à quatre colonnes, comme ceux de toutes les distilleries du Demerara qu’Uitvlugt avait abrités un temps, furent installés dans la distillerie Diamond entre 1993 (fermeture d’Enmore) et décembre 1999 (fermeture d’Uitvlugt). Ces distilleries regroupées sous la bannière DDL sont celles qui originellement produisaient l’essentiel du rhum britannique, notamment destiné à fournir aux marins de la Royal Navy leur Tot quotidien.

Les portes se ferment alors que l’envie s’ouvre.

Uitvlugt, 1999 Transcontinental Rum Line – 46%

Nez : une première attaque minérale, et la fraîcheur herbacée de la courmarine (féve de tonka) s’allongeant sur la maguey cirial, le jus de canne à sucre frais, les dattes medjool procurent une grande fraîcheur d’expression.

Bouche : addictive, même si elle n’est pas aussi complexe que les notes l’indiquent : son fondu est tellement agréable qu’on en vient à la préférer à des rhums de la région plus aboutis. Se bousculent les fruits confits : abricot, mangue, citron, avant que le bourgeon de cassis ne vienne couvrir une crème de maracujas.

Finale : élégante. L’argile se fond avec des notes plus pâtissières (eau de vie d’alizier, lait d’amande) et la mirabelle de Lorraine.

 

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