EXCLUSIF – Dégustation du Saint-James Cuvée l’Essentiel : l’Axe de Référence

S’extraire de la texture souple d’un lieu cosy pour replonger dans les frimas parisiens, c’est comme s’extraire un instant de soi alors que les pensées se recentrent. Les images se bousculent en tête mais l’une d’elles se fige : celle d’un des carnets qu’Hemingway avait oubliés dans une malle Vuitton à l’hôtel Ritz à Paris et qui seront repris plus tard dans Paris est une fête.

Sur le papier cuivré, taché d’encre, étaient jetés ces mots : « je commandais un rhum Saint James. La saveur en était merveilleuse par cette froide soirée et je continuai à écrire, fort à l’aise déjà, le corps et l’esprit réchauffés… ». Sous l’emprise du givre cette vision me réchauffe aussi, elle me renvoie à ce qui était encore il y a quelques semaines mon quotidien : une balade salée en façade atlantique de la Martinique. Les images me reviennent alors avec précision : tout s’illumine et sur les quais de Seine brumeux je me souviens … je me souviens qu’en retrait de la route qui nous mène au nord-est de la côte-au-vent de Martinique se dressent ces falaises rouges qui empourprent la baie Sainte-Marie. Je me souviens du cordon littoral qui relie l’île à l’îlet, où forcissent les alizées atlantiques et leur cortège d’embruns marins qui déboulent du tombolo. Ici les champs de cannes parsèment de leur couleur les hauteurs de l’anse alors qu’en contrebas, suivant les courants, les sargasses dérivantes viennent s’entremêler. Il y a là un joli promontoire où l’on aimait autrefois tirer du canon sur les navires anglais qui s’attardaient trop à fréquenter l’endroit. Mais qui appréciaient également les excédents de rhum dont le père Lefébure, homme de foi et de transaction, proposa le commerce aux colonies d’Amérique dès 1765, le tafia étant, à cette date, prohibé en France pour encore presque 40 ans.

Sous le climat tropical maritime, le Trou-Vaillant c’est Fonds Saint Jacques qui fera grandir Saint-Marie, c’est du coup Saint-James pour l’ensemble du monde anglo-saxon : le nom que les plantations portent maintenant depuis plus de 250 ans. Ici, le traitement de la canne est immédiat : les pieds dans le sol et la tête dans les moulins. Il y en a cinq séries couplées qui optimisent le broyage pour obtenir le vesou, ce jus de canne qui sera ensemencé dans les 24 cuves de 480 hectolitres. Le vin est distillé en continue dans six colonnes de distillation dont l’épuisement comportent 17 plateaux. Le rhum de coulage titre entre 71 et 73% pour en conserver le maximum d’arôme. Saint-James c’est ainsi pas moins de 4 millions de litre d’alcool pur par an, 13.000 fûts répartis en 5 chais, des bourbon barrels de 200 litres, bien sûr, en provenance des USA mais également 30% de fûts plus imposants en chêne du Limousin et du Tronçais, qui ont contenu du cognac ou de l’armagnac. La maison veille à ne pas brusquer les traditions tout en maintenant un cap d’excellence et Myriam Bredas et Marc Sassier en impriment le pas. La Cuvée l’Essentiel comme les rhums de cru de Saint-James tire ses qualités non seulement du terroir dont il est issu mais également du savoir-faire de ceux qui en détiennent les secrets de fabrication.

Saint James Cuvée l’Essentiel, XO – Millésimes 1998, 2000, 2003 – 43%

Nez : L’ensemble est parfaitement fondu : les arômes d’orange et de melon confits puis de pruneau se mêlent au palissandre. Un très joli vernis vient compléter l’ensemble.

Bouche : la figue fraîche se fond avec la bruyère, la cerise amarena est présente ainsi que le cacao torréfié et les tanins fins. Le tabac blond de Virginie fait une entrée en scène remarquée.

Finale : La finale est tout entière tournée vers les épices (cannelle), la boîte à cigare et le caramel noir. Des notes de groseille viennent compléter l’ensemble alors qu’en toute fin de rétro-olfaction, de petites perles de myrtille viennent rouler sur le tout. Ce multi-millésime n’est pas sans rappeler les profils aromatiques du millésime 1982 et du Single Cask 1999.

 

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