Dégustation des Caroni Trilogy : a license to thrill (2)

Remettons le cap vers cette chaîne côtière, rompue par la lumière et les flots qui ont creusé le golfe de Paria et la Bouche du Dragon : vers ces sources bitumineuses et pétrolifères, terroir d’un rhum identitaire.

La navigation vers l’île de Trinité invite à affronter la réalité : celle des courants des côtes vénézuéliennes dont elle est le prolongement insulaire, celle des vents refusants qui écartent de l’île la plus méridionale de l’arc caribéen. Les ibis rouges s’envolent à l’approche vers les rivages aux forêts luxuriantes. Les asphaltiers sortent du port de San Fernando tandis qu’à l’intérieur de l’île, vers les collines gréseuses, les forêts de cèdres diffusent leur parfum. Toutes sortes d’arômes que l’on retrouve dans le rhum Caroni.

Caroni a été pendant 84 ans le grand producteur de sucre de Trinidad. Disposant de sa propre sucrerie, les mélasses servaient aussi bien à son propre approvisionnement qu’à celui de l’autre distillerie de l’île : Angostura. Définitivement liquidée en 2002, elle laissa derrière elle un quatre-colonnes Gerb Herman de 1979, un deux-colonnes Blairs et un Pot Still de 1984 et surtout plusieurs centaines de fûts entreposés dans des chais à Trinidad qui appartiennent désormais à des négociants britanniques et italiens, au premier rang desquels l’on retrouve Velier qui nous propose les trois volets de la trilogie sous étude. L’ironie n’enlève rien à l’histoire et peut même en être sa clairvoyance : ainsi, mis à part quelques rares embouteillages d’origine, il aura fallu la fermeture de la distillerie pour que les rhums Caroni se commercialisent sous leur propre nom.

En face de la mer, la tête dans les embruns et le cœur près des verres, cette dégustation on la partage à quatre, l’équipage se composant de Julien Amato, de Nicolas Bourdais et de Martin Dupont-Domenjoud. Ils enrichissent les notes qui suivent.

Caroni 1996, 20 YO – Velier Trilogy Heavy Trinidad Stock – 70.28%

Nez : tempétueux et magnifiquement fruité. Ici la papaye se mêle au fruit de la passion et le chocolat à l’ananas confit. Le deuxième nez se précise sur une tranche d’orange chocolatée.

Bouche : concentrée et onctueuse, elle laisse apparaître, dans un premier mouvement, des notes de pomme-cannelle, de noix de muscade. Le camphre et l’orange amère sont également de la partie. La structure aromatique se précise dans un second mouvement et n’est pas sans rappeler les notes d’un vieux Cointreau.

Finale : fougueuse et épicée elle fait la part belle aux fruits secs et au clou de girofle.

Caroni 1996, 20 YO – Velier Trilogy Blended Guyana Stock – 66.1%

Nez : ce rhum trinidadien a fini son vieillissement au Guyana. Si l’on retrouve certains des marqueurs classiques de Caroni, il ne manque pas de surprendre par son profil fruité (fraise, ananas confit, anone, fruits rouges) que vient compléter la réglisse douce.

Bouche : elle offre une lecture aromatique à double niveau : le graphite et le réséda sous-tendent les fruits frais : la pêche jaune et surtout le kaki, un marqueur propre aux meilleurs whiskies japonais. En seconde bouche c’est le bâton de réglisse qui fait son apparition.

Finale : elle confirme le nez et la bouche en reprenant l’ensemble de la corbeille de fruits. Le bois et les épices sont ici complètement fondus.

Caroni 1996, 20 YO – Velier Trilogy Heavy Guyana Stock– 64.46%

Nez : ce rhum trinidadien a fini son vieillissement au Guyana. Le profil aromatique nous conduit d’abord vers des notes torréfiées qui font une part belle au café macchiato, à la vanille et aux fèves de cacao fermentées. On longe ensuite les rayonnages d’une imposante bibliothèque vernissée aux rayonnages en bois d’acajou.

Bouche : huileuse et vernissée, elle confirme partiellement le nez en la complétant de réséda, de bois de Santal et de caramel foncé. Des notes diffuses et agréables de térébenthine mais, malgré l’aération prolongée, les traces de solvant qui sous-tendent affaiblissent un peu l’ensemble.

Finale : longue et surprenante c’est le point fort de ce rhum : la crème brûlée se couvre de violette cristallisée alors qu’en fin de rétro-olfaction la grande armoise fait une apparition remarquée.

 

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