« Bacardi The Long fight for Cuba » de Tom Gjelten

barcardi-pbA l’heure où on célèbre (ou se désespère c’est selon) les 90 ans de Fidel Castro, à l’heure où Obama boit des mojitos à la Havane en écoutant jouer les Rolling Stones, à l’heure où toutes les perspectives d’ouverture refont jour à Cuba, c’est le moment de lire ou relire ce livre monumental de Tom Gjelten* édité en 2007.

A travers cette fresque de la saga Bacardi, Tom Gjelten nous brosse un portrait épique de 150 ans de l’histoire de Cuba, des luttes d’indépendance du 19ème à la passation de pouvoir entre Fidel et Raul Castro en 2006 On y découvre que la famille Bacardi y a joué un rôle important, en tous cas, jusqu’en 1960, et pas forcément celui qu’on croit.

Aussi surprenant que ça puisse paraître, au regard de la guerre ouverte qui les oppose aujourd’hui, la famille Bacardi a contribué financièrement et humainement au succès final de la guerilla des frères Castro, avant que ceux-ci prenne le tournant communiste qu’on leur connaît depuis 50 ans. Un tournant qui, pour les Bacardi plus que pour tous les autres, revêtait les habits d’une trahison.

Selon l’auteur, dans les années 50, après quelques 100 ans de présence de la famille à Cuba, Bacardi était devenu le symbole de l’entreprise cubaine d’excellence, par son attachement à la cause nationaliste, par ses pratiques managériales éclairées, par ses succès commerciaux et son intégrité tant au niveau moral qu’industriel.

C’est une ligne de force qui traverse le livre et une des ouvertures que fait l’auteur à la fin : entre la dictature corrompue d’un Batista, pomme pourrie dans la main des mafias yankee et le système dirigiste actuel qui n’en peut plus de s’essouffler, les Bacardi pourraient être la courroie d’entrainement du renouveau d’un Cuba indépendant. Ils le pourraient, semble dire l’auteur, à condition que les dirigeants actuels s’inspirent de la figure d’Emilio Bacardi Moreau, fils du premier Facundo. Humaniste, écrivain, homme d’affaires, résistant emprisonné, puis homme politique respecté, c’est certainement le personnage dont la présence imprègne le plus la présence le livre et son portrait est si réussi qu’une journaliste américaine l’aurait bien vu sortir de 100 ans de solitude.

Mais trève de politique, dans ce pavé ultra documenté, les puristes de l’histoire du rhum se délecteront des premières pages consacrées au hangar de la rue Mararedo de Santiago de Cuba où Facundo Bacardi Masso menait ses premières expériences, de celles consacrés aux visites surréalistes du Ché et de Fidel à la distillerie et de celles consacrées à la guerre que se font Pernod, l’Etat cubain et Bacardi depuis 1994.

Seul petit regret, pour certain, le livre disponible en anglais et en espagnol n’a pas (encore) été traduit en français.

* Tom Gjelten est écrivain, grand reporter correspondant de la NPR (National Public Radio), il est installé non loin de Washington en Virginie et possède de solides bases universitaires. Auteur de Sarajevo Daily : A City and its Newspaper Under Siege, il a publié récemment A Nation of Nations, un livre sur l’histoire de l’immigration aux E.U. qui ne sort sûrement pas aujourd’hui par hasard.

Pas encore de commentaires

Comments are closed

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
X
preloader