Dégustation de 3 « L’Esprit » : l’embarras du choix

Les villes bretonnes furent toujours en première ligne dans la guerre de course. De même qu’il faut avoir les pieds sur terre pour penser la mer, il faut comprendre quand il est temps de partir : alors levons l’ancre maintenant.

Ce n’est pas parce que le développement des routes tortilla un temps entre le Levant et l’Occident que les compagnies armoricaines n’armèrent pas leurs navires civils «en course». Commissionnées, par lettre de marque, à participer à des actions de guerre, elles assurèrent longtemps la protection de la flotte royale comme la prise des flottes ennemies. Ainsi, nombre de navires de commerce relâchant aux ports-armant de Bretagne furent transformés en navires d’armement. La Caprerie se développa d’autant que la Bretagne s’unit au Royaume de France au moment même où le génois Cristoforo Colombo foulait, par le fer et la poudre, le nouveau continent. Dépouiller alors les principales puissances des ressources du commerce maritime, était comme le professa Vauban lui-même : leur couper le nerf de la guerre. S’étendant sur plusieurs siècles, la guerre des courses trouva son apogée en 1711 quand, forçant les défenses côtières de la plus belle baie du monde, les escadres de Duguay-Trouin, en 7 vaisseaux de ligne et 4 frégates, s’emparèrent de la ville de Rio de Janeiro et de la flotte d’or qui épuisa leur rançon.

La guerre des courses révéla les hommes mais aussi les routes du rhum. La Bretagne n’en a d’ailleurs pas fini avec elles et, suivant cette même lignée, Tristan Prodhomme les parcourt de ses bases arrière de Rennes et de Vannes. Entre whiskies & rhums, il embouteille sous la collection ‘L’esprit’ les merveilles diluées -ou au degré naturel- qui constituent une somme de qualités : … celle de ses choix. De cette bienveillance nous soulèverons trois rhums – brut de fût naturellement – qui, nous fournissant les attributs de cette sélection, nous délivreront de l’embarras du choix.

L’Esprit Haïti 2004/2016 SC BB86 – 66.2%

Nez : d’une grande finesse, d’une aromatique végétale, toutes ces notes nous renvoient à un registre agricole alors qu’on n’y est pas vraiment, puis se développent des notes d’écorce de quassia, quelques mesures de kaki et de la poudre réglisse-vanille bien fraiche.

Bouche : les premières sensations sur le cacao poudré laissent place soudainement à de la réglisse liquide, recouverte d’embruns marins, puis de cardamome et de coco.

Finale : sur l’eau de coco, typique des terroirs du nord de l’ile : vers le cap haïtien, on retrouve là, en sous-main, le style Nazon : ce rhum est probablement un blend.

L’Esprit Worthy Park 2007/2016 BB10 – 55.9%

Nez : très fin, plus fermentaire que mélasse. Se révèlent sans excès, assonance ni allitération, de jolies notes d’anone et d’ananas.

Bouche : sur la tarte Tatin et la carambole confite auxquelles s’ajoute une note de torréfaction. Cette bouche est pleine d’épices douces et chaudes, même si l’accord vanille-cannelle, très bourbon dans l’élevage, a tendance à prendre un peu trop le dessus.

Finale : sur la muscade et le gingembre confit. Le tout est parfaitement ciselé, ce d’autant plus qu’une inattendue note d’oseille signe le verre vide. L’accès à un vrai brut de fût en mélasse invite toujours à de belles expériences.

L’Esprit Caroni 1996/2016 SC BB4 – 64.3%

Nez : sur le mescal dans ses tonalités végétales qui lui donnent de la matière et de la précision. Sans être agressif il reprend, à l’aération, de la typicité sur des notes plus fumées.

Bouche : elle fait bouger les lignes entre cannelle, buis et laurier rose. Ici la mélasse s’arrondit parfaitement pour remettre en avant ce profil légèrement fumé.

Finale : jolies notes de mélasse, de banane fumée, de clou de girofle, un peu de pomme aussi dont il est difficile de se déprendre.

 

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