Dégustation du Depaz 2002 : entre mer pourpre et ciel cuivré

Entre mer et feu, les terroirs volcaniques du nord de la Martinique naquirent du tumulte de la terre et de la persistance des hommes face aux événements.

Midi, partie sud de l’arc des petites Antilles, nous atteignons à l’instant le sommet du point culminant de l’île. Plongeant de l’à-pic vertigineux de la caldeira, la vue d’ensemble du massif volcanique Peléen est impressionnante. Le relief s’ouvre et déroule de tous côtés ses fractures basaltiques qui plongent à toute vitesse entre végétation tropicale et pics d’andésite. La dynamique est massive et les rencontres accélérées. Avant même de passer au-dessus du flanc de l’Aileron où la Roxelane prend sa source, le regard embrasse les deux plantations Depaz : sur 250 hectares leur gisement est tracé. L’une sur le versant atlantique, couverte à cet instant d’un voile bruineux mais bousculé de lumière : l’autre sur la côte nord-ouest de l’île, baignée de soleil, dans l’amphithéâtre naturel de la baie de Saint-Pierre où se situe la distillerie, entre Morne-Rouge et anse Turin. C’est à cet endroit même que l’irrigue la Roxelane, cette rivière qui porte le nom du vaisseau amiral de Pierre Belain d’Esnambuc qui jeta l’ancre à son embouchure en 1635. Deux plantations pour deux types de canne : la canne bleue et la canne cannelle, qui donnent toute sa richesse au domaine.

Le domaine est né peu après, en 1651 et son premier propriétaire n’était autre que le petit-fils d’Esnambuc : Jacques Dyel-Duparquetet. L’Habitation de La Montagne produisit d’abord de l’indigo et du tabac avant de faire œuvre sucrière puis de distiller du rhum sous la direction de la famille Pécoul, à partir de 1883. Mais ici les silences de la montagne peuvent couvrir des explosions. Ayant été entièrement balayée par l’irruption qui a rasé Saint-Pierre en 1902, c’est Victor Depaz qui la fit renaître de ses cendres par étape (la plantation sucrière en 1917, la distillerie en 1920 puis le ‘Château’ Périnelle en 1922), le tout étant la propriété actuelle du groupe La Martiniquaise. Ici le terroir trouve les moyens de son expression : les jus sont très peu dilués avant fermentation, la fermentation est longue et le refroidissement à serpentin permet un meilleur contrôle des températures au sortir de la colonne de distillation.
Le millésime 2002 est tout entier tourné vers cette identité.

Depaz 2002 Martinique – Les Millésimes, Rhum hors d’âge 11 YO – 45%

Nez : ginseng, gingembre léger, café au lait, des arômes de pâte de fruit aux couleurs nuancées (groseille, framboise et pruneau) que cristallisent des notes de caramel blond et d’amande torréfiée résultant de ce type d’élevage.

Bouche : gourmande et pâtissière sur le jus de canne, le chocolat et le café au lait, imprégnés de raisin. La crème anglaise s’installe en douceur, féconde et relevée d’orange confite.

Finale : délicieusement opulente, c’est le point le plus fort de ce rhum. D’abord sur la grenadine et les oranges amères elle s’approfondit ensuite vers des tonalités plus fruitées de framboise et de liqueur de grenade que relève la violette cristallisée en toute finale.

 

 

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